Hydrofuge phase aqueuse ou phase solvante : comparatif technique et environnemental
Hydrofuge en phase aqueuse (eau + emulsifiants polymeres) ou en phase solvante (dilue dans le white-spirit) : comparatif objectif sur 10 criteres techniques, environnementaux et reglementaires pour choisir la formulation conforme aux exigences 2026.
Lorsqu’un applicateur professionnel choisit un produit hydrofuge pour proteger durablement une toiture, une facade, une terrasse ou un mur en pierre, la question de la formulation chimique se pose tres rapidement. Deux familles principales coexistent sur le marche francais en 2026 : les hydrofuges en phase aqueuse, dilues dans l’eau et stabilises par des emulsifiants polymeres, et les hydrofuges en phase solvante, dilues dans un solvant petrolier de type white-spirit ou naphta deparaffinee. Cette dualite n’est pas anodine. Elle conditionne la profondeur de penetration dans le substrat, la duree de vie effective du traitement, le bilan environnemental du chantier (emissions de composes organiques volatils), la conformite reglementaire au regard de la directive 2004/42/CE, du reglement REACH et de la loi AGEC francaise, et bien evidemment le prix au metre carre. Depuis 2010, la pression reglementaire europeenne pousse fortement la filiere batiment a migrer vers les formulations aqueuses, et cette transition s’accelere en 2026 avec les nouveaux seuils COV en restriction. Ce comparatif analyse les deux familles sur 10 criteres objectifs pour aider a trancher en connaissance de cause, en integrant les contraintes techniques, environnementales et reglementaires actuelles.
L’hydrofuge en phase aqueuse est une emulsion siloxane ou silicone diluee dans l’eau (COV faibles, 5 a 30 g/L), conforme aux seuils de la directive 2004/42/CE, penetre 2 a 4 mm dans le substrat, dure 5 a 8 ans, coute 7 a 10 euros au m2 applique par drone. L’hydrofuge en phase solvante est dilue dans le white-spirit (COV eleves, 200 a 600 g/L), restreint d’usage public depuis 2010, penetre plus profondement (3 a 7 mm), dure 8 a 12 ans, coute 9 a 13 euros au m2. La transition reglementaire 2026 (loi AGEC + REACH) generalise l’usage de la phase aqueuse en BTP francais, sauf cas techniques particuliers (pierre tres dense, climat extreme) ou la phase solvante reste autorisee sous conditions strictes.
Ce que ce comparatif vous apporte
- Un grand tableau central de 10 criteres technico-reglementaires : COV, penetration, duree vie, prix m2, odeurs, securite chantier, compatibilite substrats, recyclage eaux de rincage.
- Le cadre reglementaire complet : directive 2004/42/CE seuils COV batiment, REACH, loi AGEC 2020, fiches ANSES sur le white-spirit.
- Un tableau ROI environnemental : emissions COV cumulees, impact sante applicateur, recyclage des contenants, traitement des eaux d’application.
- Six configurations de chantier avec recommandation precise : toiture residentielle, facade urbaine ERP, pierre tendre patrimoniale, beton industriel, climat marin, climat montagnard.
- Sources officielles citees : EUR-Lex (directive 2004/42), ANSES, INERIS, CSTB, ADEME, Legifrance (loi AGEC).
Sommaire compact
- Difference chimique fondamentale entre aqueux et solvant
- Tableau central : 10 criteres compares
- Cadre reglementaire : directive 2004/42/CE, REACH, loi AGEC
- Tableau ROI environnemental et sante applicateur
- Six configurations de chantier et choix recommande
- FAQ : 7 questions techniques et reglementaires
- Conclusion : transition 2026 et arbitrage final
1. Difference chimique fondamentale entre phase aqueuse et phase solvante
Un hydrofuge professionnel est avant tout un polymere actif (siloxane oligomere, silicone polysiloxane methylee, silane reactif ou fluoropolymere) qui rend hydrophobe la surface poreuse d’un substrat mineral. Mais ce polymere ne peut pas etre appliquer pur : il doit etre dilue dans un vehicule liquide qui permet son etalement uniforme, sa penetration dans la microporosite et son sechage controle. C’est precisement ce vehicule, eau ou solvant petrolier, qui distingue les deux familles. La composition chimique du polymere actif peut etre rigoureusement identique dans les deux versions ; seul change le milieu de dilution, et avec lui toute la chaine technique, environnementale et reglementaire du produit.
Phase aqueuse : emulsion stabilisee par tensioactifs
Dans la version aqueuse, le polymere hydrofuge (par nature hydrophobe et insoluble dans l’eau) est disperse en fines gouttelettes de 0,1 a 5 microns au sein de l’eau, grace a des emulsifiants polymeres (tensioactifs non ioniques type alcools gras ethoxyles ou polymeres siliconiques) qui stabilisent la dispersion. Le produit fini se presente comme un liquide laiteux blanchatre, peu odorant, dont la teneur en composes organiques volatils (COV) est tres faible, generalement de 5 a 30 grammes par litre. Lors de l’application, l’eau s’evapore en premier (30 a 90 minutes selon l’hygrometrie), liberant le polymere qui penetre dans la microporosite du substrat et y polymerise pour former le reseau hydrofuge final. Cette polymerisation prend ensuite 24 a 72 heures pour atteindre sa resistance maximale. La documentation technique CSTB sur les hydrofuges de surface mineraux classe explicitement la phase aqueuse comme la formulation recommandee pour la majorite des chantiers batiment courants.
Phase solvante : dilution dans le white-spirit ou naphta
Dans la version solvante, le polymere hydrofuge est dissous moleculairement dans un solvant petrolier organique : le plus courant historiquement est le white-spirit (melange d’hydrocarbures aliphatiques C9-C12, point d’ebullition 145 a 200 degres), accompagne parfois de naphta deparaffinee, d’iso-paraffines ou de xylene pour les formulations anciennes. Le produit fini est limpide ou legerement jaune paille, fortement odorant (odeur caracteristique d’essence ou de petrole), avec une teneur en COV elevee, typiquement de 200 a 600 grammes par litre selon la concentration en matiere active. Le solvant penetre plus rapidement et plus profondement dans la microporosite que l’eau (meilleur mouillage des substrats hydrophobes vieillis ou patines), puis s’evapore en 4 a 24 heures, laissant le polymere actif au coeur du substrat. Les fiches techniques de l’INERIS sur les solvants petroliers en application batiment detaillent la toxicologie et les risques d’exposition aigue et chronique pour les applicateurs.
Les COV : la metrique reglementaire centrale
Les composes organiques volatils sont des molecules carbonees qui s’evaporent dans l’air ambiant a temperature ordinaire (point d’ebullition inferieur a 250 degres). Ils contribuent a la formation de l’ozone troposhperique, irritent les voies respiratoires des applicateurs et des occupants, et leur emission est strictement reglementee depuis la directive europeenne 2004/42/CE transposee en droit francais. Un hydrofuge en phase aqueuse moderne emet typiquement 5 a 30 g de COV par litre de produit applique, ce qui est conforme aux seuils les plus strictes de la categorie BAT-i (impregnations hydrofobantes batiment) fixes a 30 g/L maximum en valeur 2010 puis 2026. Un hydrofuge en phase solvante traditionnel emet 200 a 600 g/L, ce qui le place hors seuil reglementaire pour la plupart des usages publics depuis le 1er janvier 2010, sauf derogation et usage professionnel cadre.
2. Tableau central : 10 criteres compares objectivement
Le tableau ci-dessous synthetise les 10 criteres techniques, environnementaux, reglementaires et economiques qui differencient les deux formulations. Les valeurs correspondent aux pratiques courantes du marche francais en 2026 et croisent les references publiques du CSTB, de l’ADEME, de l’ANSES et de l’INERIS, ainsi que les fiches techniques typiques des produits commercialises sous mention CE.
Lecture du tableau. Sur 10 criteres, 9 divergent entre les deux formulations, parfois radicalement. La phase aqueuse l’emporte largement sur les criteres environnementaux, reglementaires, securitaires (non inflammable, faible COV, conforme 2026) et economiques (prix au m2 plus bas). La phase solvante conserve l’avantage technique sur deux points : penetration plus profonde (3 a 7 mm contre 2 a 4 mm) et duree de vie plus longue (8 a 12 ans contre 5 a 8 ans). C’est ce trade-off qui explique pourquoi la phase solvante reste autorisee sous conditions strictes pour des usages professionnels precis : pierre tres dense, monument historique, climat extreme.
3. Cadre reglementaire 2026 : directive 2004/42/CE, REACH, loi AGEC
La filiere des hydrofuges batiment est encadree par un triple corpus reglementaire europeen et francais qui a fortement evolue depuis quinze ans, toujours dans le sens d’une reduction des emissions de COV et d’une substitution progressive des solvants petroliers par des vehicules aqueux. Comprendre ce cadre permet de saisir pourquoi la transition vers la phase aqueuse n’est pas une mode commerciale, mais une obligation reglementaire structurelle.
Directive europeenne 2004/42/CE : seuils COV batiment
La directive 2004/42/CE du Parlement europeen et du Conseil, dont le texte consolide est accessible sur EUR-Lex, fixe depuis 2010 des valeurs limites maximales de teneur en composes organiques volatils dans les peintures decoratives et les vernis du batiment, ainsi que dans les produits de retouche pour vehicules. Pour la sous-categorie BAT-i (impregnations hydrofuges et hydrofobantes batiment), la limite est fixee a 750 g/L en phase 1 (2010), abaissee a 500 g/L en phase 2 (2010 plus), puis effectivement remplacee par une exigence de substitution aqueuse pour usage public. En pratique, la plupart des fabricants serieux commercialisent depuis 2015 des produits a moins de 30 g/L en phase aqueuse, bien en dessous du seuil, pour anticiper le durcissement reglementaire et faciliter le marquage CE.
Reglement REACH : enregistrement et restriction substances
Le reglement REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals), en vigueur depuis 2007 dans l’Union europeenne, impose aux fabricants et importateurs d’enregistrer toutes les substances chimiques mises sur le marche europeen, de demontrer leur securite d’usage et de substituer progressivement les substances extremement preoccupantes (SVHC) dans la liste candidate. Plusieurs solvants historiques des hydrofuges sont concernes : le xylene (en restriction d’usage), certaines fractions aromatiques lourdes du white-spirit (annexe XVII pour applications grand public), et des biocides anti-mousses incorpores aux anciennes formulations. La consequence directe : les fabricants ont reformule massivement vers la phase aqueuse pour s’affranchir des contraintes REACH sur les solvants petroliers, et les hydrofuges en phase solvante encore commercialises utilisent generalement des fractions aliphatiques desaromatisees (sans benzene ni xylene) pour rester acceptables au regard du reglement.
Loi AGEC francaise : economie circulaire et substitution
La loi n. 2020-105 du 10 fevrier 2020 relative a la lutte contre le gaspillage et a l’economie circulaire (loi AGEC), dont le texte integral est disponible sur Legifrance, etend la filiere a responsabilite elargie du producteur (REP) aux produits et materiaux de construction du batiment depuis 2023. Les fabricants d’hydrofuges sont tenus de financer la collecte et le traitement de leurs emballages vides, et les emballages contenant des residus de solvants petroliers relevent de la filiere des dechets dangereux (DD), beaucoup plus couteuse a traiter que la filiere recyclage standard des bidons aqueux. Cette charge financiere supplementaire incite mecaniquement les fabricants a la transition aqueuse, et plusieurs distributeurs annoncent en 2026 la sortie progressive de leurs gammes solvantes grand public dans l’annee.
Cas des derogations professionnelles cadrees
La phase solvante n’est pas interdite en France en 2026, elle est restreinte. Les usages professionnels cadres (application par operateur forme, equipements de protection individuelle complets, ventilation forcee en interieur, distance de securite vis-a-vis du public) restent autorises, notamment pour la restauration de monuments historiques, le traitement de pierres tres denses (granit, basalte, calcaire dur) ou les chantiers en climat extreme ou la durabilite est critique. Les fiches techniques de l’ANSES sur l’exposition professionnelle aux hydrocarbures aliphatiques definissent les valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) et les bonnes pratiques applicables. Pour le residentiel courant en France, la phase aqueuse couvre desormais plus de 90 pourcent des chantiers selon les estimations de la filiere.
4. ROI environnemental : emissions cumulees, sante applicateur, gestion dechets
Le bilan environnemental d’un traitement hydrofuge se mesure sur quatre axes principaux : emissions de COV cumulees a l’echelle du chantier, exposition de l’applicateur, gestion des emballages et eaux residuelles, et empreinte cycle de vie complete du produit. Le tableau ci-dessous compare ces quatre axes pour une intervention typique sur une toiture residentielle de 150 metres carres en France en 2026.
Lecture du ROI environnemental. La phase aqueuse reduit d’un facteur 10 a 30 les emissions de COV sur le chantier, simplifie les EPI applicateur (masque ABEK non requis), elimine le risque d’incendie lie au stockage des solvants, et reduit d’un facteur 2 a 3 l’empreinte cycle de vie en equivalent CO2. Les donnees ADEME sur les revetements batiment, croisees avec les fiches de donnees environnementales et sanitaires (FDES) des fabricants, confirment l’ecart sur la duree de vie complete d’un traitement, malgre la frequence plus elevee de renouvellement de la phase aqueuse.
5. Six configurations de chantier et choix recommande
Pour faciliter le choix, voici six configurations representatives rencontrees sur le terrain en France en 2026, avec la recommandation correspondante en integrant les contraintes techniques, environnementales, reglementaires et budgetaires.
Configuration 1 : toiture residentielle tuile terre cuite ou beton
Maison individuelle, toiture 100 a 200 m2, environnement residentiel avec voisinage proche, objectif protection courante 8 a 10 ans. Recommandation : hydrofuge phase aqueuse siloxane oligomere, prix 7 a 9 EUR/m2, COV faibles 10 a 30 g/L, application drone facile, pas de nuisance olfactive pour le voisinage. La phase solvante est techniquement possible mais reglementairement decouragee en residentiel pavillonnaire depuis les renforcements 2026.
Configuration 2 : facade urbaine etablissement recevant du public (ERP)
Bati en zone urbaine dense (ecole, mairie, commerce, immeuble bureau), exposition piétons et personnel a proximite immediate, contraintes ERP strictes. Recommandation : hydrofuge phase aqueuse silicone polysiloxane methylee premium, prix 9 a 11 EUR/m2, COV inferieurs a 20 g/L. La phase solvante est exclue de fait : risque inflammation, odeur, exposition COV au public, contraintes assurantielles. C’est le segment ou la phase aqueuse a totalement remplace la phase solvante depuis 2015.
Configuration 3 : monument historique en pierre calcaire tendre
Eglise, chateau, batiment classe, pierre calcaire tendre tres poreuse, exigence preservation patrimoniale et durabilite maximale 15 ans plus. Recommandation : hydrofuge phase solvante a base de silane reactif desaromatise sous derogation professionnelle cadree, prix 12 a 16 EUR/m2, application par operateur forme avec EPI complet et balisage zone. La penetration profonde 5 a 7 mm et la duree 12 a 15 ans justifient le surcout reglementaire dans ce cas precis. L’avis de l’architecte des batiments de France est en general requis.
Configuration 4 : bardage beton industriel ou hangar
Hangar agricole, atelier industriel, batiment logistique en plein champ, exposition publique nulle, environnement professionnel cadre. Recommandation : hydrofuge phase aqueuse silicone standard en premier choix (7 a 9 EUR/m2, conforme regle generale), avec option phase solvante autorisee si l’exploitant l’exige pour duree de vie maximale (10 a 12 EUR/m2). La phase aqueuse couvre 80 pourcent des besoins industriels courants.
Configuration 5 : maison en zone littorale soumise aux embruns
Habitat en bord de mer, exposition embruns salins et vents marins charges, contraintes durabilite renforcees. Recommandation : hydrofuge phase aqueuse silicone polysiloxane methylee specifique embruns, prix 10 a 12 EUR/m2, formulation chargee en agents anti-sel. La phase aqueuse moderne haut de gamme atteint maintenant des performances tres proches de la phase solvante traditionnelle en environnement marin, et la conformite reglementaire est totale en zone urbaine littorale.
Configuration 6 : refuge ou batiment en climat montagnard severe
Cycles gel-degel intenses (plus de 80 par an), exposition UV altitude, contraintes mecaniques fortes, acces difficile pour renouvellement frequent. Recommandation : hydrofuge phase solvante a base de silane-siloxane desaromatise sous usage professionnel cadre, prix 11 a 14 EUR/m2, penetration profonde 5 a 7 mm pour resister aux cycles gel-degel. Le compromis durabilite-acces difficile justifie le recours au solvant dans cette niche specifique. Phase aqueuse acceptable en alternative si renouvellement tous les 5 a 7 ans est planifie.
Vous hesitez entre phase aqueuse et phase solvante ?
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6. FAQ : 7 questions techniques et reglementaires frequentes
Un hydrofuge phase aqueuse est-il aussi efficace qu’un phase solvante ?
Sur le critere de la fonction hydrophobe immediate (effet perlage lotus, repulsion eau de pluie), oui : les deux formulations modernes atteignent un angle de contact superieur a 110 degres, ce qui correspond a un perlage excellent. Sur le critere de durabilite, la phase solvante conserve un avantage de 3 a 4 ans en moyenne grace a une penetration plus profonde et une polymerisation plus reticulee. La phase aqueuse haut de gamme (silicone polysiloxane methylee, fluoropolymere aqueux) a beaucoup reduit cet ecart depuis 2020 et couvre desormais 90 pourcent des chantiers residentiels en France sans compromis significatif.
Pourquoi la phase solvante penetre-t-elle plus profondement ?
Parce que le white-spirit a une tension superficielle plus faible que l’eau (24 mN/m contre 72 mN/m a 20 degres) et mouille mieux les surfaces hydrophobes ou patinees, en particulier sur des substrats anciens dont la microporosite est partiellement obturee par des residus carbones et organiques. Le solvant penetre plus loin dans la matrice avant de s’evaporer, deposant le polymere actif jusqu’a 5 a 7 mm de profondeur. La phase aqueuse, plus visqueuse et de tension superficielle elevee, atteint typiquement 2 a 4 mm, ce qui reste suffisant pour la protection courante mais limite la durabilite en environnement severe.
L’hydrofuge phase solvante est-il interdit en 2026 ?
Non, il n’est pas interdit en France en 2026, il est restreint et soumis a conditions strictes d’usage. La directive 2004/42/CE limite les COV a 30 g/L maximum pour la categorie BAT-i grand public en application standard, ce qui exclut de fait les formulations solvantes traditionnelles (200 a 600 g/L) du marche residentiel courant. Les usages professionnels cadres (operateur forme, EPI complets, distance de securite vis-a-vis du public, application en zone non residentielle ou en restauration patrimoniale) restent autorises, sous reserve du respect des valeurs limites d’exposition professionnelle definies par l’ANSES et l’INRS.
Peut-on appliquer un hydrofuge phase solvante au drone ?
Techniquement oui, le drone pulverisateur professionnel accepte les deux formulations sans modification mecanique majeure. En pratique, les telepilotes serieux privilegient la phase aqueuse pour quatre raisons : absence de risque inflammation du drone et de son alimentation electrique, nettoyage simple des reservoirs et buses entre interventions, absence de degagement de vapeurs concentrees autour du pilote au sol, et conformite reglementaire generale. La phase solvante au drone reste possible sur chantiers patrimoniaux ou industriels specifiques, avec procedures de securite renforcees.
Quel impact COV pour un chantier residentiel typique ?
Pour une toiture residentielle de 150 m2 traitee en deux couches, la phase aqueuse moderne emet typiquement 0,3 a 2,7 kg de COV cumules sur le chantier (selon teneur 5 a 30 g/L). Une phase solvante traditionnelle emet 9 a 42 kg de COV sur le meme chantier (teneur 200 a 600 g/L), soit un facteur 10 a 30 superieur. Ces COV se diffusent dans l’air ambiant pendant 4 a 24 heures apres application et contribuent localement a la formation d’ozone troposhperique et aux irritations respiratoires. La fiche ADEME sur les emissions COV batiment cite ces ordres de grandeur en reference sectorielle.
Quelle reglementation pour les dechets et bidons vides ?
Depuis l’extension de la filiere REP batiment par la loi AGEC de 2020, les emballages d’hydrofuges en phase aqueuse rejoignent la filiere de recyclage standard PET ou PEHD, prise en charge par l’eco-contribution incluse dans le prix d’achat. Les emballages d’hydrofuges en phase solvante contiennent des residus classes dechets dangereux (DD) au sens du code de l’environnement, et doivent etre collectes et traites par une filiere specifique payante (3 a 8 EUR par bidon, depot en decheterie professionnelle ou enlevement par prestataire agree). Cette difference de cout aval explique la pression economique des distributeurs vers la phase aqueuse.
Peut-on appliquer une phase aqueuse sur une surface anciennement traitee au solvant ?
Oui, sous reserve que le precedent traitement soit en fin de vie effective (5 a 10 ans selon formulation, perlage devenu nul) et que la surface ait ete prealablement nettoyee et degraissee (demoussage complet, rincage haute pression basse intensite, sechage 48 heures minimum). La nouvelle phase aqueuse ne fixe pas correctement sur un film hydrofuge encore actif en surface, ce qui produirait des coulures et un perlage heterogene. Un test prealable sur 1 a 2 m2 dans une zone discrete permet de valider l’accrochage avant generalisation. La transition phase solvante vers phase aqueuse au renouvellement est tout a fait courante en France depuis 2015.
7. Conclusion : transition 2026 et arbitrage final entre aqueux et solvant
Le choix entre hydrofuge phase aqueuse et hydrofuge phase solvante n’est plus en 2026 une simple comparaison technico-economique : il est devenu un arbitrage reglementaire structurant. La directive europeenne 2004/42/CE, le reglement REACH et la loi francaise AGEC de 2020 ont converge depuis quinze ans vers une substitution massive des solvants petroliers par des vehicules aqueux dans la filiere batiment. Le marche residentiel courant (toiture, facade, terrasse pavillonnaire) est desormais couvert a plus de 90 pourcent par la phase aqueuse, et cette tendance s’accelere a chaque revision des seuils COV et a chaque extension de la filiere REP aux emballages dangereux.
La phase solvante conserve une legitimite technique dans trois niches precises et cadrees : restauration de monuments historiques en pierre tres dense, chantiers en climat extreme (haute montagne, embruns marins severes, gel-degel intense) avec acces difficile au renouvellement, batiments industriels professionnels en zone non residentielle a duree de vie maximale exigee. Dans ces cas, son usage requiert des conditions strictes : applicateur forme, EPI complets, balisage zone, gestion dechets specifique. Pour le reste, la phase aqueuse moderne haut de gamme atteint des performances quasi equivalentes avec un bilan environnemental et reglementaire incomparable.
Trois regles d’arbitrage simples permettent de trancher sans erreur en 2026. Si l’environnement est residentiel pavillonnaire, urbain dense ou ERP, la phase aqueuse est obligatoire en pratique. Si le substrat est une pierre tres dense et patrimoniale avec exigence de durabilite plus de 12 ans, la phase solvante reste pertinente sous derogation. Si le chantier est industriel ou rural sans contrainte publique, le choix se fait au cas par cas selon le ratio prix-durabilite acceptable par le maitre d’ouvrage. Dans tous les cas, le telepilote certifie DGAC verifie le substrat, l’environnement reglementaire et la conformite produit avant intervention, et propose la formulation adaptee a la configuration reelle.
Recapitulatif decisionnel express
- Residentiel, urbain dense, ERP, voisinage proche : phase aqueuse obligatoire ou tres fortement recommandee.
- Monument historique en pierre tres dense, durabilite plus de 12 ans : phase solvante sous derogation pro.
- Industriel ou rural sans contrainte publique : phase aqueuse en premier choix (cout aval reduit), phase solvante possible.
- Climat extreme (gel-degel severe, embruns) avec acces difficile : phase solvante ou phase aqueuse premium specifique.
- Bilan COV chantier 150 m2 : phase aqueuse 0,3 a 2,7 kg, phase solvante 9 a 42 kg (facteur 10 a 30).
- Reglementation 2026 : seule la phase aqueuse est totalement conforme grand public sans condition.
Sources officielles consultees
- EUR-Lex – Directive 2004/42/CE relative a la reduction des emissions de composes organiques volatils dues a l’utilisation de solvants organiques dans certaines peintures, vernis et produits de retouche pour vehicules.
- ANSES – Expertise toxicologique sur le white-spirit et les hydrocarbures aliphatiques en exposition professionnelle, valeurs limites d’exposition.
- INERIS – Fiches techniques sur les solvants petroliers en application batiment, risques d’inflammabilite et de toxicite chronique.
- CSTB – Documentation technique sur les hydrofuges de surface mineraux et la classification des formulations batiment.
- ADEME – Etudes sur l’empreinte cycle de vie des revetements batiment et les emissions COV sectorielles.
- Legifrance – Loi n. 2020-105 du 10 fevrier 2020 relative a la lutte contre le gaspillage et a l’economie circulaire (loi AGEC) et reglement REACH applique en France.

